Le niveau d’orthographe est-il un « marqueur » social ?

Avec une moyenne de 50 mails reçus et de 30 courriels envoyés chaque jour, 7 collaborateurs sur 10 sont des rédacteurs au quotidien. Pourtant, seulement 50% des règles d’orthographe sont maîtrisées par les salariés en entreprise. 

L’orthographe, enjeu du 21e siècle ?

Sachant que la communication écrite domine désormais les échanges en entreprise, à l’interne comme à l’externe, l’enjeu de l’orthographe est devenu essentiel : image, fiabilité, valeur. Plusieurs constats s’imposent sur la question des niveaux. En premier lieu, certains Bacs + 5 ont autant de difficultés en orthographe que des non-diplômés. C’est le constat que nous avons pu faire en formant des personnes de fonctions et de niveaux hiérarchiques très différents (agents d’accueil, secrétaires, assistantes RH, agents de maîtrise dans le transport, comptables, ingénieurs, ingénieurs commerciaux, architectes, dirigeants d’entreprise…). De là, plusieurs tendances apparaissent :

  • Certaines personnes, par leur propre histoire, sont devenues totalement hermétiques aux règles d’orthographe (rejet, traumatisme, etc.).
  • D’autres, compte tenu de leur charge de travail, ou du besoin de rapidité dans les échanges, ont perdu le sens de l’orthographe.
  • Ou encore, certains esprits plus synthétiques qu’analytiques ont pris l’habitude de se concentrer sur le fond et d’en oublier la forme.
  • Les difficultés en orthographe peuvent être liées à des situations personnelles : dyslexie, dyspraxie, etc.

Cette diversité de cas ne permet pas de définir des profils plus concernés que d’autres par le sujet de l’orthographe.

Ensuite, il ne semble pas qu’il y ait de secteur d’activité épargné par ce sujet.Néanmoins, dans l’activité des services, une plus grande attention semble portée à la qualité des écrits, la relation épistolaire avec les clients prenant une importance croissante ; ce n’est pas toujours le cas dans l’industrie. Exception faite des secteurs réglementés, comme l’industrie pharmaceutique ou le juridique (service). La taille de l’entreprise ne permet pas non plus de définir celles qui sont à l’aise / celles en difficulté éventuelle.

Enfin, le sujet de l’orthographe reste un sujet tabou en entreprise. C’est une question stigmatisante, au risque de « déclasser » ceux qui sont concernés par le sujet. Lorsqu’on interroge des salariés, ils admettent que l’orthographe est un vrai problème ; tous connaissent des personnes concernées par le sujet ; mais aucune d’entre elles ne se considère elle-même comme connaissant des difficultés. Le sujet est parfois détourné par des individus qui affirment que le problème est « généralisé », que « plus personne ne fait attention à l’orthographe », ou que « plus personne ne connait l’orthographe, encore moins les nouvelles générations… ».

La place de l’orthographe dans l’entreprise

Les premières personnes conscientes de l’importance de la qualité orthographique sont souvent…les RH. Aux premières loges en matière de recrutement, beaucoup de Responsables RH font effectivement un tri à la réception des CV. D’après Projet Voltaire*, 82% des recruteurs considèrent éliminatoires les fautes dans un CV ou dans une lettre de candidature…Mais aborder le sujet avec les collaborateurs de l’entreprise, c’est pour beaucoup de Responsables RH une difficulté : comme déjà évoqué, certains considèrent le sujet comme stigmatisant, voire blessant, puisqu’il s’agirait d’expliquer à la personne qu’elle n’a pas le niveau pour occuper ses responsabilités, et qu’elle doit se former si elle veut conserver son job.

Finalement, se former en orthographe, vouloir suivre une formation pour mieux rédiger, ce serait une chose inutile, inconvenante, et de toute façon rébarbative… Apprendre les conjugaisons, revoir les règles du participe passé, connaître l’accord des verbes pronominaux, c’est forcément un mauvais moment à passer, même s’il est… nécessaire !

Autre contradiction… certains sujets sont aussi complexes et ne semblent pas aussi stigmatisants. Quelques exemples : peu de monde sait « coder », mais un jour ou l’autre, il nous faudra des rudiments pour créer un programme informatique. Peu de monde connaît les fonctions algorithmiques, mais il sera bientôt utile de savoir les décrypter. Peu de monde parle Mandarin ou Russe, mais sachant l’influence croissante de l’Asie, il sera utile un jour de maîtriser quelques mots de ces langues. Mais

  • Quand il s’agit de se former sur notre véhicule commun à tous, le Français…
  • Quand on sait que l’écrit est le principal outil de communication…
  • Quand on sait combien un écrit bien rédigé inspire confiance et intérêt…

on se confronte à une sorte de blocage…

Sortons des clichés !

Les Français éprouvent en général une grande fierté dès lors qu’on évoque la culture française, ses écrivains, et son histoire. Notre culture est admirée dans le monde entier, peut-être même enviée…Nous aimons notre langue, nous aimons notre culture, nous aimons…notre pays, mais nous n’acceptons pas les efforts pour utiliser correctement notre langue à l’écrit…N’est-ce pas contradictoire ? Une évidence s’impose : s’exprimer correctement à l’écrit est preuve de respect et de sérieux. Pour les plus diplômés, pour les non-diplômés, pour les dirigeants, pour les employés, bref, pour tous les acteurs de l’entreprise, rédiger sans faute d’orthographe, d’une façon claire et lisible de tous, c’est un moyen incontestable de montrer sa valeur et sa compétence.

*Projet Voltaire est une plateforme d’entrainement E-learning.

Related Posts

Sorry, the comment form is closed at this time.

dictum massa ut elit. ante. elit. diam non mattis